Lecture zen Le professeur Rachid Mahmoudi travaille au centre hospitalier universitaire de Reims. - M.E. Professeur Mahmoudi, vous êtes intervenu récemment dans l’arrondissement de Vitry-le-François, à la Villa Beausoleil de Loisy-sur-Marne, auprès des bénévoles de l’Association Marne Alzheimer du Pays vitryat (Ama). Pourquoi ? Quand on est un professionnel impliqué dans la prise en charge d’Alzheimer, on ne peut qu’apporter de l’aide à ce type de structure. Il y a beaucoup de questionnements autour de la maladie. Les personnes que j’ai rencontrées étaient très sensibilisées aux problématiques subséquentes, et très engagées dans leur résolution. Elles ont besoin de sentir qu’elles ne sont pas seules dans ce combat difficile, et, en même temps, comme elles n’ont pas une pleine connaissance du sujet et de ses évolutions, il importe de leur apporter tout l’éclairage nécessaire à la conduite de leur mission, et de les conforter. C’est comme ça que je me suis engagé à intervenir deux fois dans l’année auprès des bénévoles, puis selon la demande. L’association Ama organise une balade solidaire le dimanche 20 septembre 2026, à Huiron. À cette occasion, vous avez accepté de nous parler plus en détail de la maladie, et plus particulièrement du volet « recherche ». En ma qualité de professeur universitaire et praticien hospitalier, j’ai plusieurs spécialités : la médecine interne, la gériatrie, la biologie du vieillissement. En tant que chef de service au centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims, au sein d’un des plus grands services du CHU, on dispose d’une unité spécialisée dans la prise en charge de patients atteints de la maladie d’Alzheimer et des pathologies apparentées, aux effets ressemblants. L’équipe est formée sur les thérapies non médicamenteuses, d’une efficacité suffisamment satisfaisante pour permettre un moindre recours aux sédatifs. Est-ce la principale avancée ? Il y en a d’autres. Je suis directeur d’une unité de recherche qui travaille aussi sur le vieillissement, la fragilité, et la maladie d’Alzheimer. On a réalisé de nombreux travaux sur les biomarqueurs parce qu’il fallait trouver des moyens plus fins pour améliorer le diagnostic d’une maladie dont l’importance de s’y intéresser vraiment est apparue dans les années 80, quand Ronald Reagan et des stars hollywoodiennes ont été touchées. On s’est d’abord fondé sur des critères de recherche autour de ce que n’arrive plus à faire un malade d’Alzheimer, du fait de la perte de mémoire, mais c’était trop miser sur les manifestations subjectives du phénomène, liées à la perception de la personne. C’est à ce moment, dans les années 2000, à Reims, que nous sommes devenus centre national de référence sur les biomarqueurs. On a montré que la maladie s’accompagne de la présence de certains éléments dans le liquide céphalo-rachidien. On constate la mort de neurones et l’apparition de plaques qui se déposent. C’est une avancée majeure parce que, pour parvenir à bien traiter une maladie, il faut la détecter tôt. On identifie donc mieux la manière dont les choses se passent ? Oui, d’autant qu’une deuxième avancée majeure, assez récente puisqu’elle date de 2014 ou 2015, s’est produite par ce qu’on appelle le génotypage à haut débit, qui met en œuvre des techniques permettant d’étudier les gènes de manière très accélérée. L’équipe des collègues de Lille a réalisé une découverte capitale : dans Alzheimer il n’y a pas que le gène responsable du cholestérol qui soit concerné ; il y en a plusieurs autres impliqués dans l’immunité. Alors, après avoir affiné le diagnostic, on a mieux compris le mécanisme générateur de différentes formes de la maladie, dont on ne parle plus au singulier, mais au pluriel ; ce sont des maladies d’Alzheimer dont on parle depuis cette découverte, soit à début précoce (avant 60 ou 65 ans, parfois dès l’âge de 40 ans, d’origine héréditaire rencontrée dans 1 % des cas traités ), soit à début tardif (causée par l’âge, l’hypertension, le cholestérol, les traumatismes crâniens...) Pendant très longtemps, on a pensé que la maladie d’Alzheimer était provoquée par l’accumulation anormale de plaques de protéines dans le cerveau. En réalité, la combinaison des nouvelles données, issues du génotypage à haut débit, en révélant l’existence des gènes de l’immunité, a montré que le dysfonctionnement n’affectait pas les dépôts, mais l’élimination des plaques. Ces amas de protéines engendrent l’inflammation du cerveau, à cause de laquelle les neurones commencent à mourir. C’est ce que détecte une ponction lombaire, dans un premier temps ; on y recherche le taux de plaques déposées et le taux de neurones morts. Où en est-on dans les traitements actuellement ? Les nouveaux traitements , dits anti-amyloïdes parce que tous ont pour but d’éliminer les plaques amyloïdes, ont reçu une autorisation européenne de mise sur le marché, qui date d’un an ; mais la France ne les rembourse pas ; donc, malheureusement, on ne peut pas les mettre en place. La Haute autorité de santé considère que le taux de réussite n’est pas suffisamment élevé, et que ça nécessite de recourir à une organisation très compliquée à réaliser. Pour le moment, la mise en œuvre est suspendue. En Allemagne, c’est remboursé. Aux États-Unis, ce sont des traitements qui existent depuis quelques années. Nous, on attend. Il y a des discussions à ce sujet à la Fédération des centres mémoire. Est-ce que ces évolutions vous donnent de l’optimisme ? Oui. Je suis optimiste parce que la recherche avance à une vitesse plus rapide qu’il y a 30, 40 ou 50 ans. Les plus gros progrès datent de 2010. Progressivement, on va prendre du recul sur les nouveaux traitements, avec leurs limites. Ils ne vont pas guérir le malade, mais ils vont ralentir la progression de la maladie. Ils permettront de traiter avec une bonne efficacité les phases précoces. Peut-être que, dans les prochaines années, ils seront remboursés en France. Je peux l’espérer et le dire, car je n’ai aucun conflit d’intérêts. Je fais partie des personnes qui ont publié une tribune en faveur d’un accès rapide aux innovations thérapeutiques. En même temps, l’espoir ne s’arrête pas là : d’autres traitements sont en test. L’aspect mécanistique de l’affection neurodégénérative, de plus en plus clair, amène à comprendre et résoudre beaucoup de problèmes. La recherche continue d’avancer à vitesse relativement importante, donc, bien sûr que je fonde un grand espoir sur les nouvelles molécules à l’étude. La connaissance progresse encore dans le domaine de la détection. On teste des biomarqueurs dans le sang afin d’éviter le côté invasif de la ponction lombaire. Nous pouvons parvenir à un résultat fiable à échéance de 5 ans ; et, à visée plus lointaine, il existe des travaux sur des marqueurs dans la salive. La science avance en tenant compte des exigences sociétales : aujourd’hui, une ponction lombaire, voire une prise de sang, est vécue comme une agression. Avec la jeune génération, tout est tactile. L’objectif, in fine , est de détecter la maladie le plus simplement, le plus finement et le plus tôt possible. Plus tôt on intervient, plus tôt on obtient des résultats intéressants. Mis en ligne le 17/09/2026 à 18:29 « Je suis optimiste parce que la recherche avance à une vitesse plus rapide » : le regard de ce professeur rémois sur Alzheimer Par Mathilde Escamilla À l’occasion de la balade solidaire organisée autour d’Alzheimer, dans la commune de Huiron, le professeur Rachid Mahmoudi nous a accordé un long entretien pour faire le point sur la maladie. Les multiples avancées récentes le rendent optimiste quant aux traitements déjà sur le marché ou encore en test. Rencontre avec ce praticien du centre hospitalier universitaire de Reims. Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) : Huiron (Marne) Huiron (Marne)
« Je suis optimiste parce que la recherche avance à une vitesse plus rapide » : le regard de ce professeur rémois sur Alzheimer