Lecture zen « Ce donneur m’a redonné la vie. » En quelques mots, Jacky Nouvian a réussi à bouleverser toute une foule venue assister à l’inauguration d’une stèle de mémoire pour les donneurs d’organes et de tissus ce vendredi 17 octobre, dans les jardins de l’hôpital de Laon. Le 14 juin 2003, ce Soissonnais de 65 ans a pu bénéficier d’une greffe des deux reins, un geste fort et solidaire qui lui a permis de voir ses deux filles grandir et de connaître son petit-fils âgé actuellement de 4 ans et demi. « Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à mon donneur, il est dans toutes mes prières et a ma reconnaissance éternelle », s’exprime-t-il très ému. L’homme n’a pas l’habitude de parler en public, c’est la première fois qu’il témoigne de ce geste qui a changé toute sa vie. « Tout a basculé en 1998 quand j’ai appris que j’étais atteint d’une insuffisance rénale. » Un an plus tard, ses reins ne fonctionnant plus du tout, Jacky doit suivre des séances de dialyse trois fois par semaine, et se contraindre à un régime très strict. « Je ne devais pas consommer plus de 50cl d’eau par jour, ne pas manger des fruits et des légumes trop gorgés d’eau, ou de produits salés. J’ai connu la soif extrême, j’avais l’impression de traverser le désert tous les jours. » Accepter l’idée de recevoir une greffe Ces soins et ces contraintes alimentaires lui permettent de continuer à vivre une vie « presque normale » durant trois ans. Commercial, l’homme continue de travailler : « J’avais une femme, des enfants, une maison à payer, je n’avais pas le choix. » L’idée de la greffe, Jacky ne l’accepte pas tout de suite. « Au début, il était inimaginable pour moi de recevoir un organe de quelqu’un d’autre, je ne pouvais pas l’envisager. » Mais l’évolution de sa maladie et la souffrance de son corps l’obligent à voir les choses autrement. « À un moment, on sait qu’on n’a plus le choix si on veut pouvoir continuer à vivre, et je voulais vivre. » Par trois fois, on l’appelle pour une potentielle greffe. Si les deux premiers appels n’aboutissent pas, le troisième sera le bon. Le 13 juin 2003, alors qu’il va chercher sa fille à l’école, Jacky apprend qu’il est attendu pour recevoir le précieux don. Le lendemain, « jour de la Fête des pères », le voilà greffé des reins. Même si la douleur est présente les premiers jours, Jacky a le sourire, il sait qu’il va vivre. « Cette sensation d’avoir le corps qui refonctionne, c’est indescriptible. » Aujourd’hui, le Soissonnais est un père et un mari comblé. Il court trois fois par semaine et profite de son petit-fils avec qui il fait de nombreuses activités. « Chaque jour, je pense à mon donneur et je suis rempli de gratitude. » Promouvoir le don d’organes Le don d’organes est un geste altruiste mais encore tabou. Pour Julien Dupain, le directeur du centre hospitalier laonnois, il était normal « de mettre à l’honneur ces héros qui font don de leurs organes, et il est du devoir de l’hôpital de promouvoir ce geste, notamment en le matérialisant par cette statue. » Installée au milieu de la pelouse, la sculpture en métal réalisée par Jean-Pierre De Clerq, artiste résidant dans le petit village de Suzy, représente un homme tenant dans sa main un cœur. « Cela symbolise le don d’un organe, mais aussi l’acte de générosité », indique le sculpteur. Eric Delhaye, maire de Laon et président du conseil de surveillance de l’hôpital, a rappelé que la Ville est ambassadrice du don d’organes depuis juin 2025 et a souligné que « le don d’organes permet de transformer un deuil en une renaissance ». Pour Clémence Khoury, médecin coordonnateur des prélèvements d’organes et de tissus au centre hospitalier de Laon, « derrière chaque don, il y a une histoire. Il ne permet pas de supprimer la douleur mais peut aider à reconstruire une vie. » Mis en ligne le 17/10/2026 à 17:46 « Je pense à mon donneur tous les jours » : il y a 23 ans, Jacky Nouvian bénéficiait d’une greffe des deux reins Par Pénélope Milan Une stèle de mémoire pour les donneurs d’organes et de tissus a été inaugurée ce vendredi 16 octobre au centre hospitalier laonnois. Jacky Nouvian, greffé des deux reins il y a 23 ans, témoigne de ce geste d’amour extraordinaire.